Jean Le Boulch

LE BOULCH Jean, biographie autorisée

Jean Joseph LE BOULCH est né le 28 janvier 1924 à Lambézellec, un quartier de Brest. Son père, Pierre, qui sera un temps prisonnier de guerre en Allemagne (1939-1945), était employé à la Banque de France, tandis que sa mère était femme au foyer. Fils unique, il est né dans la maison des grands-parents maternels, détruite depuis. Après avoir suivi sa scolarité élémentaire et fait ses études secondaires à Brest, il réussit, en 1940, le concours d’entrée à l’École Normale de Quimper, chef-lieu du Finistère et centre de premier plan pour la culture celtique. L’école dut quelques mois plus tard fermer ses portes en raison de la guerre et de l’occupation nazie. Il fut alors obligé de s’inscrire à l’École Normale de Saint-Brieuc, distante de plus de 150 km. Il logeait au pensionnat et rentrait chez ses parents pas plus d’une fois par mois, par le train.
Il obtint son diplôme en 1945 et, la même année, réussit le concours d’entrée à l’École normale supérieure d’éducation physique et sportive (E.N.S.E.P.S.) de Paris, pour un cycle d’études de deux ans débouchant sur un diplôme en éducation physique. En 1947, il réussit l’examen et obtint en septembre de la même année un poste d’enseignant au CREPS – Centre régional d’éducation physique et sportive de Dinard, qui organisait des cours de préparation au concours d’entrée de l’École normale d’éducation physique de Paris ainsi que des stages pour instructeurs, maîtres, éducateurs sportifs et spécialistes de la médecine du sport. Il enseigna au CREPS, dans sa Bretagne bien-aimée, jusqu’en 1969. Au cours de ces années, il fit partie de l’équipe nationale universitaire junior et se distingua dans le triple saut, le saut en longueur, ainsi qu’en basket.
Le 11 juillet 1947, il épousa à Saint-Brieuc Marcelle Hélard, employée de l’Assurance Sociale, et le couple emménagea après le mariage dans une maison de location rue des Corbières (Dinard). Ils habitèrent ensuite rue de Saint-Enogat (Dinard), avant d’acheter, en 1958, la petite villa “Guit-Ry-Menn” (nom donné presque certainement par le propriétaire précédent, un avocat), située 16 rue Émile Bara, dans le centre-ville de Dinard. Jean et Marcelle eurent deux enfants, Jean-Jacques, né en 1948 (et mort au Laos en 1975, dans des circonstances tragiques) et Patricia, née en 1955, qui leur a donné quatre petits-enfants ; une bonne occasion, disait Jean, pour les observer discrètement et en tirer un enseignement valable.

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En 1950, il s’inscrivit à la Faculté des sciences de l’Université de Rennes, où il se rendait depuis Dinard en train, mais aussi souvent en Vespa, plusieurs fois par semaine. En 1951, il réussit le concours d’entrée à l’École de médecine.
Parallèlement, il donnait à Dinard des cours de formation et de mise à niveau pour les enseignants ; il les préparait aux concours et s’occupait des enfants en retard scolaire et de personnes handicapées. Une riche expérience qui l’amena à remettre en cause les stéréotypes formels appris à l’école et à renforcer ses compétences sur des bases scientifiques. Son criticisme, bien que s’appuyant sur des vérifications, l’amena à rencontrer hostilités, oppositions et même rivalités. C’est pourtant dans ce climat qu’il a consolidé des idées et des solutions intégratives allant à contre-courant de l’ensemble des critères d’intervention technicistes et des productions du corps humain soumis aux lois du rendement.

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Dans un article intitulé L’éducation physique fonctionnelle à l’école primaire, publié par le CREPS en 1951, Le Boulch condamnait les facteurs d’exécution centrés sur le rendement mécanique et montrait comment l’adaptation à une situation déterminée pouvait être obtenue en s’occupant uniquement de la maîtrise aussi bien physiologique que psychologique. Il revint plus tard sur ces thèmes à l’occasion d’une conférence à l’Institut national du sport (INSEP), sur L’activité nerveuse supérieure et le sport. Tout en fréquentant la Faculté de médecine, il suivit d’autres cours pour obtenir un Certificat d’Études Supérieures en physique, chimie et biologie (1954), un Certificat d’études supérieures en psychophysiologie (1956), un Certificat d’études supérieures en psychologie générale (1957) ainsi qu’un Certificat d’études supérieures en psychologie génétique (1957).
En 1960, il obtint son diplôme de médecine en soutenant une thèse intitulée Les facteurs de la valeur motrice. Analyse expérimentale de certains de ces facteurs. Interprétation d’un point de vue physiologique, dans laquelle il insistait sur deux aspects, la vélocité et la force, mettant en évidence que les épreuves athlétiques étaient insuffisantes pour évaluer les capacités motrices d’une personne, dont les aspects physiologiques ne pouvaient être dissociés des facteurs psychiques.

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Encouragé par la reconnaissance dont sa thèse bénéficia, il continua à conduire et à publier dans un grand nombre de revues spécialisées, des travaux de recherche et des expérimentations scientifiques par lesquels il mettait en évidence l’absence d’une définition claire des objectifs de l’éducation physique ainsi que la responsabilité de ceux qui contribuaient à proposer des méthodes vaines et discordantes. Il proposait comme alternative, de confier à l’éducation un rôle fondamental dans l’orientation de l’action au cœur de l’organisation des fonctions neuropsychologiques, pour aboutir ainsi à une conception scientifique de l’éducation par le mouvement. En 1963, il se spécialisa en rééducation fonctionnelle à l’hôpital de Rennes, dans le service du Professeur Leroy, un spécialiste de renommée internationale. Il y mena une activité de réhabilitation de patients poliomyélitiques en appliquant les techniques classiques d’hypercorrection de la gymnastique pour corriger la contraction volontaire des muscles au moyen d’exercices répétés. Cette expérience lui permit de constater l’inefficacité de telles méthodes. Afin de remédier à cette inadéquation, il mit en évidence, à travers ses travaux de recherche, les effets d’une authentique éducation posturale qu’il est possible d’obtenir grâce à l’implication des muscles profonds, à contraction plus lente, dont la fonction est à prédominance tonique. Une thèse qu’il défendit dans des articles publiés dans des cahiers scientifiques entre 1963 et 1964, grâce auxquels Jean Le Boulch fut invité à donner des cours à l’École de kinésithérapie de Rennes. La construction théorique et la pratique permirent ainsi d’approfondir encore davantage les problématiques de l’éducation physique en en dégageant des pistes permettant de la convertir en une science dédiée au développement d’une maîtrise du corps. Un processus d’élaboration personnel accueilli et exposé avec succès dans des articles publiés par la suite dans six revues consacrées aux problématiques de la formation des spécialistes de l’éducation physique. Il s’agissait là de la réussite d’un homme guidé par des principes humanistes, engagé, aux centres d’intérêt multiples, qui ne laissait rien au hasard ni à l’improvisation, mais qui se fiait plutôt à l’expérimentation. La finesse de ses observations le fit connaître jusqu’à Paris, où il fut invité en 1968 à intégrer en tant que conseiller pédagogique la Direction des recherches et des méthodes de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP), aux côtés d’autres scientifiques, parmi lesquels figuraient Roger Mucchielli, Paul Chauchard, Pierre Greco de l’Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève et Simone Ramain. Ces années furent pour Jean des années intenses sur le plan culturel comme sur le plan scientifique et ce fut à l’occasion d’une rencontre avec ses amis et collègues qu’il leur annonça la mise au point d’une méthodologie novatrice qu’il désigna, en la décrivant, pour la première fois sous le nom de « psychocinétique ». Ceci marqua les débuts d’une discipline scientifique garantie par l’expérience, motivée par le respect d’un critère pédagogique, conforme à la pédagogie active selon laquelle les exercices employés doivent prendre la forme de problèmes à résoudre, afin de mobiliser chez la personne une aisance d’adaptation. La psychocinétique se présenta donc comme une méthode éducative innovante qui utilisait le mouvement humain sous toutes ses formes et que Le Boulch continua d’expérimenter en plusieurs occasions, à l’école d’éducatrices de la Lande du Breil, dans les écoles élémentaires ainsi qu’à l’Institut de formation aux carrières sociales de Rennes.

Le Boulch orienta les processus d’élaboration et de mise en pratique vers une optique de développement de la maîtrise des gestes et des postures, avec les expériences de coordination générale, d’agilité au sol, de déplacements en équilibre, de perception du corps et d’éducation du schéma corporel de Simone Ramain.
Une fois la méthode consolidée et son efficacité démontrée, Jean Le Boulch reçut des demandes de formation de la part de l’Association des enseignants d’éducation physique et sportive, des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, ainsi que de la Fédération sportive et gymnique du travail d’Aix-en-Provence. La satisfaction ne l’apaisa pas pour autant et il ressentit un besoin toujours plus pressant d’offrir aux jeunes en évolution des processus de maturation convenant à leur équilibre naturel.
La France vécut alors le moment historique où le gouvernement français décida de réformer l’éducation physique. Le Boulch fut invité à participer à la commission nommée par le Ministère pour la révision. Il présenta un rapport dans lequel, fort de son expérience, il mettait en avant la nécessité de tenir compte des caractères anatomiques, physiologiques, fonctionnels, neuromusculaires et psychosociaux des différentes étapes du développement et défendait le principe d’une éducation physique reposant sur la coopération plutôt que sur la compétition. Cette tentative de changement – qui échoua – fut suivie de débats passionnés, soutenus par d’éminents savants contre le mercantilisme du sport, ainsi que d’un manifeste le dénonçant, que Jean Le Boulch signa lui aussi. Parallèlement à cela, Jean, homme équilibré et tolérant, mais refusant le compromis, face à des mesures qui auraient été contraires aux besoins des citoyens se consacrant au sport, fit une nouvelle tentative pour éviter que l’emportent des intérêts qui ne s’appuyaient pas sur la recherche scientifique. C’est au cours de cette période de confrontation exacerbée qu’il publia, avec un engagement frénétique, l’ouvrage intitulé L’éducation par le mouvement: la psychocinétique à l’âge scolaire (1966), où il illustrait les principes et les alternatives aux modalités d’application de l’éducation physique et affirmait la nécessité d’adopter une approche scientifique basée sur les méthodes de la pédagogie active et associée à une psychologie unitaire de la personne.

Il mit au premier plan l’expérience vécue par l’individu pour parvenir à une meilleure connaissance et acceptation de soi, à une adaptation du comportement, voire à une véritable autonomie et un début de la prise des responsabilités au niveau des relations personnelles. La psychocinétique, l’éducation par le mouvement, fournissait des arguments et des preuves démontrant la nécessité d’allier la sociologie, la psychologie et la médecine dans une interaction permanente, et cela dans le but de mettre en place une éducation globale, physique et sportive, tout en gardant à l’esprit les objectifs de la socialisation et de l’intégration sociale. Suite à la diffusion de ces postulats, Jean Le Boulch fut invité à des congrès, des colloques et des tables rondes en France et en Espagne. Il les exposa également dans des articles demandés par un grand nombre de revues spécialisées dans le domaine. Parallèlement, il accepta les engagements liés à sa réputation et poursuivit sa production scientifique sans pour autant négliger ses activités professionnelles et pédagogiques.
En 1969, il fut nommé professeur associé au sein du Service de rééducation physique du centre hospitalier universitaire de Rennes. Un an plus tard, il devint professeur ordinaire à l’École de kinésithérapie de ce même centre. Tout en remplissant ses obligations en tant qu’enseignant, il conserva sa charge d’inspecteur d’éducation physique dans les écoles de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris jusqu’en 1972.

La vie courageuse qui fut la sienne était guidée par une obligation morale vis-à-vis de la science qui l’amena à s’engager continuellement dans l’étude et la recherche et à promouvoir ses découvertes dans toute l’Europe. Il se remettait de ses efforts et se reposait quand il était chez lui en Bretagne. Vivant en harmonie avec son entourage, auquel il accorda beaucoup d’importance, il donnait du goût à la vie de famille et en profitait pleinement. Il trouvait aussi des occasions pour se promener le long du littoral de sa ville, Dinard, ce «lieu enchanteur» qu’il évoqua plusieurs fois avec enthousiasme.

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Entretemps, sa ferveur scientifique lui faisait conserver son engagement pour l’étude et l’approfondissement des comportements humains. À la fois scientifique et sportif, Jean Le Boulch observait l’homme en mouvement dans la dialectique de son rapport avec son environnement et poursuivait ses recherches. Il structura et mit au point de nouvelles méthodologies et expérimenta de nouvelles techniques pour déboucher sur une science bien définie du mouvement humain qu’il exposa dans un livre intitulé Vers une science du mouvement humain. Introduction à la psychocinétique, publié en 1971 et traduit dans plusieurs langues (espagnol, portugais et italien), ouvrage qui le rendit célèbre dans le monde entier. Il soutenait que le comportement d’un organisme est une activité globale qui comporte la fonction des besoins et de la prise de conscience qui constituent l’unité et le sens d’un acte. Il donna donc au comportement le caractère d’action, et cela en opposition à la simple réaction conditionnelle. Selon Jean Le Boulch, la physiologie devait être repositionnée dans une dialectique entre l’organisme, la psychologie, l’environnement et les mouvements d’un organisme qui ne sont plus considérés comme des contractions musculaires associées qui se produisent dans un corps, mais comme des réponses globales ou des actes qui s’adaptent à un environnement donné. Une discipline orientée vers l’harmonisation de l’homme qui marqua pour Jean Le Boulch le début d’une nouvelle phase d’intérêt et de prestige sur le plan personnel. De 1972 à 1986, il fut chargé de la formation en psychocinétique à l’École supérieure de commerce de Paris et il entama d’importantes collaborations avec les Universités de Laval au Québec, d’Uberlandia, de Curitiba et de Campinas au Brésil, de La Plata en Argentine, ainsi que celles de Valence et de Barcelone en Espagne. Il promut ainsi dans le monde entier ses élaborations théoriques et ses conclusions expérimentales qui modifiaient les bases conceptuelles et la pratique de l’éducation physique. Suite à son expansion scientifique et en raison de son excellente réputation, il fut invité à participer à de nombreuses rencontres. En mars 1982, il accepta l’invitation à tenir un cours à l’École fédérale de sport de Macolin (Suisse).

En 1984, il fut invité à Lima (Pérou) pour y donner une formation destinée aux enseignants d’un institut qui s’appelle aujourd’hui «Colegio Jean Le Boulch» en raison de l’empreinte qu’il a laissée. L’année suivante, il se rendit de nouveau en Amérique latine, cette fois à Buenos Aires, pour participer au Congrès latino-américain de médecine et sciences appliquées au sport. Il y fit deux interventions: «Psychomotricité et enseignement sportif» et «L’apprentissage des techniques sportives à la lumière des données contemporaines en neurophysiologie» (avec démonstration). Accueilli et acclamé dans les Amériques, il ne manquait cependant pas d’être présent et d’apporter des contributions innovantes dans les pays d’Afrique francophone. L’Europe réclamait elle aussi massivement sa présence. Il fut invité en Suisse pour y former des animateurs sportifs. À l’occasion de sa présence, plusieurs organismes donnaient vie à des projets d’envergure empreints de son approche scientifique. L’engagement d’un si grand nombre d’animateurs mena à la création de la revue Sports & Formation en 1985 à Genève ainsi qu’à la fondation, en 1998, de l’Association suisse pour le sport éducatif et la psychocinétique.
En 1985 j’invitai Jean Le Boulch à Florence dans le cadre d’une collaboration avec l’Association italienne des enseignants d’orthophrénie (ASSIO) dont j’étais président. Personnellement, ayant découvert ses principes à travers ses livres et sa réputation, j’étais impatient de rencontrer cette personne unique. La rencontre avec le Maître se déroula dans un climat de sympathie et de cordialité telles que je ressentis des émotions d’entente, d’affinité et de complicité et que je découvris en lui l’indissociable prégnance d’humanité et de science. L’entente nous amena à passer tout de suite à l’action, et à régler par contrat sa présence à Florence dans le cadre de congrès ainsi que de projets éditoriaux et pédagogiques. Les objectifs que nous nous étions fixés étaient importants et lorsqu’au moment du départ, nous nous serrâmes la main, nous fûmes trahis par l’émotion. Au cours des mois suivants, nous convînmes de tenir à Florence un séminaire intitulé «Corps, Psyché et Mouvement». Cet événement attira un grand nombre de personnes, provenant de toutes les régions d’Italie et laissa une trace indélébile. Ce fut à cette occasion que Jean Le Boulch fut nommé membre honoraire de l’ASSIO.

Ceci marqua le début d’une coopération fructueuse et d’une profonde amitié avec Jean qui donna naissance à d’importants projets. Dans les premiers mois de l’année 1986, je lui confiai la direction des cours de formation sur le thème «Éduquer par le mouvement», destinés à des enseignants et éducateurs. Ces cours, structurés selon un programme que nous avions défini ensemble, avaient pour but de former des animateurs qui tiennent véritablement compte de l’unité, sur le plan affectif, de la relation au corps et à son organisation fonctionnelle. En 1986, la psychocinétique et l’éducation motrice ayant été consolidées en tant que sciences, Jean Le Boulch sentit un besoin intime de former des psychomotriciens s’appuyant sur les sciences de l’éducation, s’opposant ainsi à d’autres formations de psychomotricité qui s’orientaient quant à elles vers la thérapie, la réhabilitation et la rééducation. Son intérêt pour une orientation différente devint le principal sujet de conversation de nos réunions, confrontations et débats, ainsi que des soirées après-dîner, que ce fût à la maison ou dans les restaurants florentins, parmi lesquels il préférait les restaurants de campagne parce que nous pouvions rester discuter plus longtemps. Il était stimulé par cette idée et par les résultats qu’elle aurait produits auprès de personnes de tout âge et en différents états de besoin. L’importance que Jean accordait à cette nouvelle formation, qui reposait sur une pensée riche en contenus scientifiques et qui était empreinte d’un sens pratique et de pragmatisme, allait jusqu’à influencer son comportement. Pour moi qui le connaissais bien, cet enthousiasme n’était pas nouveau. C’était un effet justifié par l’exaltation naturelle d’une personne qui se rend compte que ses théories se sont traduites en bénéfices pour l’homme.

Pour cette formation, il mit au point un programme basé sur des principes et des théories parmi lesquels figuraient les lois du développement d’Ajuriaguerra, les expériences de Spitz, de Winnicot, de Wallon et de Piaget, ainsi que sur les résultats de la neurophysiologie et de la neuropsychologie contemporaines. Ce programme, largement pondéré par les réflexions et les contenus, devint la structure du cours biennal de spécialisation en psychomotricité. Au terme de cette formation, Jean Le Boulch, en tant que directeur scientifique, remettait aux étudiants le Diplôme de spécialisation et d’aptitude à l’exercice de la technique. Ce cours fut promu en collaboration avec l’AISSO et la formation, dirigée et donnée par Jean, connut un énorme succès: elle attira un si grand nombre de participants que je dus organiser plusieurs cours par an.
Tout en passant de longues périodes à l’École pour psychomotriciens de Florence, Le Boulch resta présent sur la scène internationale. Il enseigna à nouveau aux universités de Barcelone, de Fribourg, de Malaga et de Clermont-Ferrand et intervint à des congrès. Il publia des articles dans des revues scientifiques de haut niveau et rédigea deux ouvrages qui documentaient le patrimoine scientifique de la psychomotricité. En Italie, il intervint à d’importants congrès qui se tinrent dans plusieurs villes, dont Padoue, Pise et Milan, et il y fit des contributions importantes, en partie dérivées des expériences promues par l’École pour psychomotriciens de Florence, dont il ne manquait pas, à ces occasions, de confirmer la valeur. Et c’était toujours à l’École qu’il exposait avec plus de clarté la validité de sa théorie et qu’il la soumettait à des vérifications concrètes dans le gymnase, permettant ainsi aux étudiants d’acquérir dans les cours une connaissance objective, produite par l’alternance savante entre

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la théorie et la pratique, ce qui lui permettait de démontrer une action directe sur la réalité.
Encouragé par son enthousiasme sans limites et l’évolution de sa science, Jean Le Boulch retravaillait ses théories et en élaborait de nouvelles. Il continuait à utiliser le terme «psychocinétique» quand il devait le confronter à l’éducation physique et l’éducation motrice dans un contexte pédagogique, mais, en même temps, il s’obstinait avec acharnement à mettre au point un cadre scientifique et formatif pour tous ceux qui souhaitaient appliquer la psychomotricité avec des compétences professionnelles particulières et adressées à des personnes de tout âge. Afin de mener à bien ce travail, il avait l’habitude de se retirer chez lui à Dinard, plus précisément dans la tranquillité de son bureau dans la dépendance, entouré de livres précieux et loin de toute rumeur ou présence, pour pouvoir construire des hypothèses et enregistrer les résultats de ses expériences. En 1991, l’École de Florence, dirigée par Jean Le Boulch et basée sur les principes d’une psychomotricité qui s’adressait désormais de manière définitive à des personnes de tout âge, eut besoin de la garantie d’une association qui ne représentait pas seulement les enseignants et l’école, mais qui était également dotée de statuts prévoyant des compétences élargies. L’Association italienne des enseignant orthophréniques transféra donc la gestion à l’Association d’étude, d’intervention et de recherche sur le handicap (ASIRD), toujours sous ma présidence. Dans le cadre de cette nouvelle opportunité, qui venait compléter ce qui existait auparavant, Jean Le Boulch s’appliquait à poser des bases techniques et scientifiques encore plus solides et renforcées par les principes inhérents à la psychomotricité fonctionnelle, une discipline alors naissante, et à obtenir la reconnaissance au niveau européen du titre de psychomotricien délivré par l’École.

Animé par cet objectif et muni d’une procuration de l’ASIRD, Le Boulch conclut des accords pour une convention avec l’Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA) afin de pouvoir réaliser notre souhait de délivrer aux étudiants un diplôme européen en psychomotricité d’orientation fonctionnelle. Ce fut une période de grande fébrilité, car nous devions trouver ensemble les modalités qui nous permettraient d’agir de manière utile et efficace. Dans ces moments, Jean, stimulé par ses idéaux et capable d’allier la théorie au concret, apporta des questions de méthode et d’objectifs pour la résolution. La convention fut rédigée et signée en octobre 1992 à Pau par Le Boulch en tant que Directeur scientifique de l’École de Psychomotriciens de l’ASIRD et par les représentants de l’université française, un événement qui attira l’attention des journaux français et italiens.

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Compte tenu des directives de la CEE, l’UPPA et l’ASIRD remirent leurs premiers diplômes en Psychomotricité d’orientation fonctionnelle. Il en résulta une psychomotricité qui ne se basait plus sur des pratiques de nature empirique, mais sur des principes et des preuves confirmées par des résultats contrôlables de manière scientifique. Une science reposant sur des bases neurophysiologiques et sur le besoin de passer du symptôme à l’analyse fonctionnelle du symptôme, d’étudier le mouvement comme un mode d’expression du comportement de la personne dans son ensemble et de recourir aux valeurs qui s’inspirent du courant phénoménologique ainsi que de l’action et du vécu. Une science régie par une méthodologie utilisée pour rééquilibrer le développement affectif et le comportement éducatif.
Suite aux accords que nous avions conclus en 1985, nous nous lançâmes dans une campagne d’envergure pour promouvoir la science et dans ce but nous organisâmes à Florence des congrès, des séminaires et des journées d’études auxquelles participaient, outre Jean Le Boulch, de nombreux enseignants de l’Université de Pau ainsi que les professeurs Arlette Bourcier Mucchielli, Bernard Aucouturier, André Lapierre et Hubert Montagner. Pour Jean Le Boulch ce furent des années de travail intenses en tant que scientifique, chercheur, auteur ou encore orateur. Il acceptait des invitations à participer à des congrès et à publier des articles dans le monde entier, tout en continuant à diriger l’École de Florence à laquelle il se rendait plusieurs fois par an en voiture depuis Dinard (1600 km). Un modèle remarquable qui mérite notre admiration et nos félicitations.
Un homme qui offrait à la culture un modèle notable de vie éthique et de vertus humaines, dans lequel nous retrouvons la physionomie des idéaux appartenant à une identité dont il faut espérer qu’elle pourra être répétée par de nombreux hommes.

Son identité ne se constitue pas uniquement de son travail. Dans sa vie privée, il entretenait des relations harmonieuses avec les personnes autour de lui. Lors de ses voyages, il n’oubliait jamais d’apporter des cadeaux pour les membres de sa famille et en particulier pour son épouse Marcelle. L’affection qu’il recevait de sa famille lui faisait très plaisir et il arrivait souvent qu’on l’entende chanter chez lui. Il participait à la vie de famille et y consacrait du temps en faisant les courses, le panier au bras, à l’Intermarché de Dinard. À table, il était agréable, sympathique, plein d’humour, surtout quand il y avait un bon nombre de convives. Disponible, il rencontrait et passait du temps avec tout le monde, mais en particulier avec les personnes qui partageaient ses centres d’intérêt comme son beau-frère Gérard Lancien, enseignant spécialisé pour personnes handicapées, qui était une personne pour qui il avait beaucoup de sympathie. Son altruisme et son ouverture envers les autres le rendaient certes joyeux, mais Jean Le Boulch était néanmoins forcé de souffrir lorsqu’il voulait faire progresser les idées qui constituaient le fondement de sa profession.

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En cette période, il eut à souffrir des limites imposées par la bureaucratie universitaire, peu réceptive à ses innovations scientifiques. L’université de Pau n’était pas prête à dépasser les limites de la psychomotricité d’«orientation fonctionnelle» pour accepter une formation en psychomotricité fonctionnelle.
En dépit des tentatives entreprises pour obtenir cette reconnaissance, étayée par de nouvelles recherches, Jean ne trouva pas de consensus. Ce fut pour lui un moment difficile. Toutes ses recherches scientifiques étaient des délibérations séduisantes d’une alternative concrète dont on aurait dû reconnaître son apport à la communauté humaine, mais on ne fit que décevoir le scientifique sensible et plein de surprises. Une fois de plus, Le Boulch, doté d’une humanité innée et convaincu que la psychomotricité fonctionnelle pourrait apporter un soutien précieux à l’homme, ne céda pas. Au bout de quelques années, aidé par son fort caractère – une caractéristique propre aux personnes qui se sont battues tout au long de leur vie pour obtenir le succès – il fut obligé d’interrompre toute collaboration avec l’université de Pau. Son abattement prit fin en 1996, lorsque je succédai à l’ASIRD par le biais d’une société importante, l’ISFAR®, l’Institut supérieur de formation, de formation continue et de recherche ® – formation postuniversitaire des professions® et le centre de recherches Kromos. L’ISFAR approuva officiellement la fondation de l’École «Jean Le Boulch », école pour la profession de psychomotricien fonctionnel que nous avions créée ensemble et qui jouissait d’un potentiel d’organisation en évolution constante. Ce fut à l’École que le Maître finit par confier tout son travail. Il était aussi enthousiaste parce qu’il considérait la ville de Florence comme un véhicule du savoir et des nouvelles perspectives scientifiques et éducatives à partir duquel il pouvait diffuser sa nouvelle science et l’accréditer. L’année 1997 représenta le point culminant du développement scientifique, méthodologique et culturel de Jean Le Boulch et marqua la consolidation de la psychomotricité fonctionnelle en tant que science. À son poste de directeur scientifique de l’École «Jean Le Boulch» de Florence, il s’investit énormément et établit, élabora et consolida les bases de la psychomotricité fonctionnelle. Il compléta ses travaux précédents par de nouvelles et importantes recherches sur l’apprentissage moteur et sur la condition de l’homme, son existence et ses pouvoirs dans et sur le monde.

La psychomotricité fonctionnelle est une discipline qui par le biais d’une approche globale et pluridisciplinaire tient compte des efforts d’ajustement moteur effectués par la personne dans les différentes situations dans lesquelles elle doit résoudre un problème en fonction de la situation dans laquelle elle se trouve et qui contribue à l’organisation fonctionnelle et au comportement humain, qu’il soit instrumental ou mental. Il s’agit d’une pédagogie du mouvement qui s’adresse à l’individu et non au malade, ni au symptôme ou à la difficulté spécifique. Éducative et non-thérapeutique, elle vise le développement de l’individu tout en respectant les particularités les plus diverses qu’il peut présenter. En 2000, Jean Le Boulch révisa et définit avec moi la structure de l’École qui s’articule en cinq domaines: théorie, pratique, personnel, stage et prestations technico-professionnelles. Un parcours de formation qui inclut des cours en amphithéâtre et des travaux pratiques, la préparation d’auxiliaires, la participation à des projets scientifiques et culturels ainsi que la rédaction et la soutenance d’un mémoire. À l’occasion de la présentation du programme je lui annonçai que la profession de psychomotricien fonctionnel avait été reconnue par l’ASPIF, l’Association italienne des psychomotriciens fonctionnels et qu’elle était désormais protégée par un Ordre professionnel et par le code déontologique de l’association. Aujourd’hui, la profession est inscrite dans la Loi italienne (Loi 2/2013) et elle est en passe d’être reconnue au niveau européen. Ce fut un moment très émouvant: l’enthousiasme d’avoir atteint cet objectif s’exprima par une forte accolade et les émotions prirent le dessus. Lors d’une rencontre successive, soucieux du futur et du besoin d’assurer la continuité de ses principes scientifiques, Jean Le Boulch, me reconnut comme enseignant-formateur. Sur mon indication et après une analyse approfondie de leurs compétences, il nomma aussi Letizia Bulli et Paola Ricci comme enseignantes-formatrices. Une nomination qu’il établit par un acte écrit de sa main dans lequel il attestait les compétences et les qualités distinctives de chacun des trois enseignants.

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Peu de temps après cette rencontre, je reçus une lettre dont l’écriture témoignait des difficultés qui le gênaient et qui, peu de temps après, mirent fin à son existence. Jean Le Boulch mourut le 27 mai 2001 dans l’après-midi. Il est cependant toujours présent dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu.
Ceux qui se sont formés dans son école n’ont pas seulement reçu la confirmation de la validité de la discipline qu’ils ont apprise, mais ils conservent aussi en eux le privilège d’avoir côtoyé une telle personne et d’avoir pu apprécier non seulement ses dons scientifiques, mais aussi son identité, son irrésistible exigence de liberté, et ses vertus exemplaires de justice, de force de caractère et de générosité.

Guido Pesci
Je soussignée, Marcelle Le Boulch, approuve ce qui a été écrit par le biographe de Jean Le Boulch, le Professeur Guido Pesci
Marcelle Le Boulch

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